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La solitude est Politique !

Selon les études, 20 à 30% des personnes vivant en France disent souffrir de solitude. Ce chiffre m’a interpellé.
De quelle solitude parle-t-on ?

Il s’agit bien entendu de solitude subie et non de celle que certain.es privilégié.es peuvent choisir lorsque leurs ressources économiques et psychiques le leur permettent [il est plus facile d’aimer être seul.e à la maison quand on en possède une… et qu’on a suffisamment d’argent et de réseau pour en sortir quand on le veut]. Les personnes les plus concernées par le sentiment de solitude sont les personnes les plus précaires (femmes seules, étudiant.es,..)
La solitude subie peut avoir de lourdes conséquences physiques et psychiques (détresse psychologique, sentiment d’impuissance, dépression, suicide). Citons aussi le lien prouvé entre l’incapacité d’être seul.e et les addictions. Nous compenserions notre déficit de lien en mangeant, fumant, jouant…pour remplir le vide.
Mes patient.es expriment souvent que la solitude relève du « privé », de leur
responsabilité individuelle: « je devrais plus sortir pour rencontrer des gens, je
ne me bouge pas assez,.. »; je crois, au contraire, que la solitude subie est une
conséquence directe de notre société capitaliste. Voilà pourquoi.
En plus de la souffrance vécue avec une forme de culpabilité, la solitude est très mal « vue ». Notre société capitaliste et patriarcale la voit comme quelque chose de suspect, un manque et/ou un échec personnel. Et encore plus pour
les femmes, qui « devraient être en couple pour être heureuses ». Pour ces dernières, l’adolescence marque la perte de leur capacité à être seule pour
aller vers des voies hétéronormées, où les contraintes patriarcales les
poussent à chercher la validation dans le regard masculin. Ces femmes,
comme beaucoup d’hommes, mettront du temps à reconquérir de l’estime de
soi et à ne plus obéir aux dictats sociétaux, souvent en payant le prix de la solitude.
La journaliste Alice Raybaud explique avec beaucoup de clarté que « la solitude
contemporaine est le résultat de choix de politiques publiques, qui ont participé
à effriter nos communautés ». Elle cite l’aménagement de nos villes qui sont devenues plus hostiles; les personnes en situation de handicap ou les enfants ne sont quasiment plus dans l’espace public [en 50 ans, leur rayon d’autonomie est passé de 10 kilomètres à 300 mètres autour de leur foyer].
Nous avons moins d’endroits où nous croiser/rencontrer (en 20 ans, nous avons perdu 30% de nos équipements publics, festifs, culturels et sportifs]. Les logements plus collectifs ont été remplacés par des pavillons périurbains.

Elle explique également que « nous sommes dans une société de la solitude en partie parce que nous sommes dans une société de la fatigue; nous avons moins d’espace pour relationner car nous sommes épuisés, essorés par des agendas surchargés. Libérer notre temps nous aiderait à nourrir des liens de qualité ». Elle rajoute que l’érosion de notre lien avec le monde vivant nourrit notre isolement.
La solitude est donc très politique ! des études sérieuses montrent d’ailleurs que plus l’on se sent seul, plus on a tendance à voter à l’extrême droite; les électeurs de Trump, par exemple, sont plus nombreux à avoir peu, voire à
n’avoir pas du tout d’amis, par rapport aux électeurs d’autres candidats.
Alors pour faire reculer la solitude, il nous faut prendre soin du lien à l’autre, humain et non humain. Peut-être est-il vraiment temps de retrouver des solidarités de proximité pour la subsistance et le partage des équipements
(comme le four banal d’autrefois). Essayons peut-être aussi de renouer des
liens avec le monde non humain (pour cela, venez pratiquer du chamanisme
avec nous 😁). Nous pouvons également réhabiliter les rituels qui rythmaient
nos vies de la naissance à la mort, et peut-être, encore plus simplement, faire le pas d’aller rencontrer nos voisin.es ?
Elisée Reclus, anarchiste du temps de la Commune de Paris (1871) disait  » de la commune nait la communion, c’est à dire le partage du festin et l’échange des pensées intimes ».
Le podcast en lien résume les idées de l’autrice Alice Reybaud (« Nos solitudes » Ed. Découverte)

 https://open.spotify.com/episode/3G4IE0gXefvJnEk7TuvPUU

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