« Combien de fois vous a-t-on imposé des idées, des points de vue, des manières
d’être et de se comporter… simplement parce que vous êtes un enfant? » « Combien de fois vous a-t-on demandé de respecter ou d’obéir à l’autorité de vos aînés… simplement parce qu’ils sont plus âgés ? »
[Alenxantropos Alexgaias]
Définition : L’adultisme est une discrimination et une oppression envers les jeunes et les enfants sous prétexte que les adultes possèderaient une compréhension supérieure du monde qui les entoure. Il se fonde sur l’assignation des individus à des catégories d’âges hiérarchisées entre elles.
En tant que psy, j’observe l’adultisme au quotidien, dans les rapports parents – enfants notamment ; et nous pouvons tous le constater au sein de notre société, comme à l’école et au sein de toute institution accueillant les jeunes personnes. Ce système de domination, de l’adulte sur l’enfant, peut être très communément admis par nous tous.
Ainsi, adultes, nous imposons l’idée que « l’enfant », en opposition à « l’adulte » est
« immature », « inachevé » ; nous imaginons alors savoir mieux que les jeunes personnes ce qui est souhaitable et « bon » pour elles ; nous croyons savoir et comprendre ce qu’ils/elles ressentent. Tout cela légitime le fait d’imposer nos règles, notre pensée, notre vision du monde… persuadés de permettre ainsi à l’enfant de se construire et de devenir un « bon » adulte.
Et si ces pans de ce que nous nommons éducation était un apprentissage à
« l’obéissance »?
Ce terreau de domination, nous l’avons intégré, nous-même élevés par des « adultes » (à la maison, à l’école..). Ainsi, nous ne pouvons pas voir la violence que nous exerçons sur les jeunes personnes, d’autant plus qu’elle est la norme dans notre société.
Les adultes légitiment en général leur propre violence par l’intention éducative («c’est pour son bien»), en rendant les jeunes personnes responsables et coupables («elle me cherche»,«c’est du caprice») et en ne les prenant pas au sérieux quand elles se plaignent («ça n’a jamais tué personne», « ça lui met du plomb dans la cervelle » (l’image parle d’elle même non ?…).
Les conséquences psychologiques sont graves : « la culture de la violence éducative ordinaire altère très tôt la boussole intérieure (intuition), la sensibilité, la présence à soi, la confiance en sa valeur, la confiance en l’autre et de nombreuses capacités des jeunes personnes. Elle altère par exemple la capacité d’attention, la capacité à faire des choix et la capacité à nouer des relations authentiques et apaisées, autrement dit, la capacité d’aimer. »
Un continuum s’établit ainsi entre culture de la violence éducative ordinaire et toute autre culture d’oppression. Certains auteurs définissent l’adultisme comme le berceau de toutes les dominations dans une société prédatrice, développementaliste, élitiste, punitive, raciste, patriarcale, coloniale, capitaliste, écocidaire… et génocidaire.
À un niveau « méta » cette violence reste intégrée à un système global, qui opprime aussi les adultes. Plus une société est hiérarchisée plus elle utilise les dominations !
Comment « désintégrer » cette culture tant au plan collectif qu’individuel? Commençons pa la réflexivité et l’accueil de nos propres expériences avec les jeunes personnes qui nous entourent. Ecoutons-nous leur parole, surtout si ces personnes sont très jeunes?
Prenons-nous le pouvoir (et comment) sur elles? Les laissons-nous s’exprimer et faire leurs choix propres ?
La route est longue mais chaque progrès vaut la peine…




