Les chiffres sont effarants (source Ciivise 2023) : chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles (dont la moitié relèvent de l’inceste) et on estime à 6 millions le nombre d’adultes victimes de violences sexuelles dans leur enfance (dont 75% de femmes). 60% des femmes et 40% des hommes victimes de violences sexuelles le sont dans la sphère familiale ou entourage proche. Rappelons aussi que 95% des auteurs de ces violences sont des hommes. Et s’il y a 6 millions de victimes, il y a donc des millions d’incesteurs…proches de nous, famille, voisins,…
Juridiquement, les viols et agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis par un ascendant (c’est-à-dire les parents, les grands-parents), un frère, une soeur, un oncle, une tante, un grand-oncle, une grand-tante, un neveu ou une nièce, ou encore par le conjoint ou concubin d’une des personnes mentionnées ci-dessus. Et pour finir, seulement 3% des plaintes pour viol sur mineur aboutit à une condamnation.
Pourquoi en parler ici? Parce que les conséquences physiques et psychologiques, chez 100% des enfants victimes, sont gravissimes. Au plan psychique, elles se traduisent par un syndrome post-traumatique (stress, flash back, cauchemars, évitements, hypervigilances) avec des conséquences de dépression, addiction, idées suicidaires, troubles du sommeil, troubles
conduites alimentaires (boulimie/anorexie), conduites à risque et violences…Certain.es d’entre vous se diront ici « je ne suis pas directement concerné par ce sujet ». Et malheureusement nous le sommes tous.tes. Les chiffres nous disent qu’environ 1 enfant sur 10 est incesté (mais plus vraisemblablement un enfant sur 5 est concerné). Cela signifie que vous
avez des enfants victimes dans votre entourage. Nous sommes également tous concernés par l’incestuel. Dominique Klopfert, psychanalyste, le définit comme « un registre spécifique qui n’est ni l’inceste, ni la pensée ou le fantasme d’inceste, mais un « climat » d’inceste et de confusion où l’inceste n’est pas accompli génitalement, mais au travers d’équivalents d’apparence banale. Peu repérable, il engendre une souffrance psychique considérable
particulièrement délétère et dévastatrice pour l’enfant et l’adolescent. Il est aussi le terreau de tout inceste. »
L’incestuel se décline sous de multiples facettes d’apparence anodine mais qui sème la confusion psychologique, corporelle et sexuelle chez l’enfant. C’est le père qui annonce à sa fille qu’il va quitter sa mère car elle est trop chiante mais qui ne l’a pas dit encore à la personne concernée, prenant sa fille comme une « copine » à qui l’on dit tout. C’est le parent qui se promène nu.e devant ses enfants ou va aux toilettes porte ouverte et justifie en disant qu’on est tous fait pareil et qu’il faut être moderne; c’est la mère qui dit au fils « Toi au moins, tu es un homme, un vrai ». Tel père dira à un copain présent à la maison, devant sa fille qui passe: « regarde comme elle est belle ma fille, c’est un joli bout de femme, non? » « Cette jouissance tactile, exhibitionniste ou voyeuriste n’est pas nécessairement conscientisée par les parents incestuels pour qui l’interdit de l’inceste, la différence de générations ou de maturité sexuelle sont « impensés », bien entendu, il n’y a pas de pensée ou d’intention mauvaise » rappelle D. Klopfert, mais les dégâts causés sont considérables dans le développement de la psyché de nos enfants.
La Ciivise (Commission indépendante recueillant des témoignages d’inceste) donne les 12 critères de repérage de l’incestuel : non-autorisation à penser par soi-même, intrusion dans l’intimité, confusion des places, confidences autour de la vie affective et sexuelle, proximité
physique excessive, attention excessive au corps du jeune, promiscuité, attention excessive à la sexualité du jeune, sexualité par procuration, non respect d’un lieu intime pour la toilette du jeune, exhibition, fait de dormir dans la chambre parentale.
La brochure en lien ci-dessous donne beaucoup d’exemples de ce que nous ne nommons pas « incestuel » mais qui l’est.
Je vous invite, comme dans chaque newsletter, à vous interroger sur là où vous en êtes sur ce sujet délicat, qui touche à notre intime. Nous sommes tous.tes concerné.es par l’incestuel, sans nous en rendre compte, et c’est ce qui rend ce sujet si difficile.
L’introspection de chacun.e permettra d’ouvrir des espaces de dialogue, de reconstruire éventuellement ce qui a été abimé, et surtout de prévenir des traumatismes qui détruisent des vies entières. Soyons courageux!
Podcast : https://louiemedia.com/injustices-2/ou-peut-etre-une-nuit
Document D. Klopfert: https://www.yapaka.be/sites/yapaka.be/files/publication/ta-134bis-incestuel-web.pdf




